20 février 2009

A mi-parcours de notre séjour africain


Dans nos premiers articles, nous avons raconté comment nous avons vécu le passage « rapide et brutal » entre Paris et Richard Toll...
Dans ce nouvel article, nous allons tenter de montrer en quoi notre experience « africaine » nous influence profondément dans notre façon de penser.

1) Sur les occidentaux et leurs rapports à l'Afrique et aux Africains.

En gros, il y a trois types de « toubabs » (c'est à dire de « Blancs ») en Afrique :

- Ceux qui sont en Afrique pour y faire des affaires ou parce qu'on y gagne bien sa vie; j'inclus dans cette catégorie les ex colons, et les néo-colons (c'est à dire ceux qui bénéficient du système de néo-colonialisme mis en place après les Indépendances).
Quels sont les traits commun à cette catégorie ?
-ils gagnent plus d'argent en Afrique qu'ailleurs (et souvent n'investissent pas ou très peu en Afrique même);
-leur statut est essentiellement conditionné par le fait qu'ils sont blancs, au moins occidentaux ou (pour les ex colons) parce qu'ils sont héritiers;
- de ce fait, persuadés qu'ils sont là légitimement (en ce qui concerne les héritiers d'ex colons, sans se poser la question de l'origine de leurs droits de propriété) ou, qu'ils sont là « pour leurs compétences techniques » (en ce qui concerne les néo-colons), tous en tout cas développent un fort « sentiment de supériorité »...par rapport aux Africains, « complexe de supériorité » qui s'accommode très bien du racisme fondamental sur lequel s'appuie le système. Pour paraphraser La Fontaine « tous n'étaient pas racistes, mais tous étaient touchés ».

- Ceux qui sont en Afrique parce qu'ils veulent « aider » les Africains : Des ex tiers-mondistes, venus y travailler après les Indépendances aux « bénévoles » d'aujourd'hui (y compris ceux d'Agir) qui viennent apporter leur assistance technique, en passant par les humanitaires « sans frontières » : ils sont un rouage essentiel du système...parce qu'ils servent de caution « humaniste » aux prédateurs qui sont en Afrique uniquement pour en exploiter les richesses.

- Ceux qui sont en Afrique, comme ils seraient ailleurs dans le Monde, parce que pour une raison ou pour une autre ils y ont trouvé une activité « utile » (en tout cas pour eux); dans cette catégorie on peut ranger les « touristes », les scientifiques (genre anthropologues etc...); les voyageurs; et puis il y a « nous » – qui nous disons « citoyens du monde » - du vaste monde, et donc aussi de l' Afrique !
Inde, Amérique, Europe,Afrique...le citoyen du Monde est en principe, partout « chez lui »...à partir du moment où l'autochtone accepte de l'accueillir !
(Toutefois, pour en revenir à notre situation, vous n'aurez pas manqué de remarquer que derrière les mots, il y a une certaine incertitude concernant notre statut personnel: en effet, en réalité, ici à RT nous sommes autant dans la 2è catégorie (entre les tiers mondistes et les humanitaires!) que dans la 3è (citoyens du monde)

2) Sur l'Occident et la mondialisation

A travers le programme d'histoire et géographie du collège, nous avons découvert un des plus importants canaux de la propagande idéologique déversée par les classes dominantes.
La propagande pour faire accepter le système, on le sait, doit commencer tôt. L'école en est un des vecteurs principaux.
La famille est un des lieux principaux de la socialisation, en ce qui concerne les premières années. C'est vrai que c'est dans la famille qu'on apprend le respect de la hierarchie, l'obéissance aux anciens et les principes moraux de base (faut pas mentir, faut pas voler...) etc...
Mais l'Ecole a un rôle capital dans la consolidation de cet apprentissage de la socialisation...
et c'est finalement l'Ecole qui va former les cerveaux du point de vue du contenu idéologique...
Par exemple en Histoire-Géo avez vous suivi les études de vos gamins lorsqu'ils étaient en 6è,5è,4è ?

Qu'est ce qui nous frappe ?
En premier, le point de vue uniquement occidentalo-centriste de l'histoire et de la géographie ! Par rapport à mon époque l'étude de l'histoire et de la Géographie a certes été élargie à l'ensemble de l'Europe (alors qu'à mon époque c'était encore très franco français), à l'ensemble du monde même en ce qui concerne la géographie...mais que d'horreurs sont écrites sur l'Afrique, continent « désespérement pauvre » et « sous développé », ou sur la Chine et l'Inde...En gros tous les pays sont comparés à l'aune des grandes réussites de la civilisation occidentale (Développement économique, culture, triomphe de la Démocratie...) : Tout ce qui est en amont de cette brillante civilisation occidentale (dont le triomphe au XXè siècle est marqué par deux magnifiques guerres mondiales...) : L'origine de cette civilisation, l'origine du capitalisme occidental, c'est à dire la colonisation génocidaire du continent américain dès le XVI è siècle, puis la colonisation du reste du monde aux XVII et XVIIIè siècles par quelques petits pays occidentaux, qui a conduit à la mondialisation actuelle, à la destruction écologique de la planète, à l'uniformisation du monde et à la disparition de centaines de civilisations...etc...
Tous ces aspects « négatifs » de la mondialisation, de l'occidentalisation du monde (pour reprendre une expression qui n'est pas de moi)...sont complètement occultés dans les programmes d'histoire-Géo, ce qui fait qu'en définitive les gamins n'ont aucune arme idéologique pour avoir un regard critique sur cette civilisation occidentale!
Et c'est ce modèle là qu'on continue à nous vanter...malgré son échec flagrant ! (la crise actuelle du capitalisme en est pourtant un signe compréhensible par tous)
Et la supercherie est encore plus évidente en Afrique : ce qu'on appelle développement ici...c'est vouloir imiter l'Europe et les européens !

-Une deuxième chose nous a choqué : c'est l'impasse quasi totale qui est faite dans les programmes sur les autres civilisations, non occidentales...
"L'antiquité" reste dominée par les civilisations qui se sont développées autour de la Méditerrannée et de toute façon on passe tellement vite que les gamins n'y comprennent rien....
Et dès qu'on quitte l'empire Romain (Un Empire vieux de plusieurs siècles qui disparaît en quelques dizaines d'années! ça devrait faire réflechir), on se recentre sur l'Europe, c'est le début du Moyen Age qui commence (Vè siècle ap JC)...et jusqu'au XVIIIè siècle l'Histoire – dans les livres de l'Education Nationale française - se déroule uniquement du point de vue Occidental...
pour ces soit disant « historiens » il n'y a plus qu'une seule civilisation; si ça n'est pas de la propagande idéologique !

3) Sur la crise du système capitaliste

2 émissions récentes ont été consacrées à la question, à « Là-bas si j'y suis »...
-Le Krach parfait (1)
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1619

-Le krach parfait (2)

Il s'agit d'un entretien avec Ignacio Ramonet autour de son livre "Le krach parfait".
Ancien directeur du Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet décrit comment se sont mis en place depuis plusieurs décennies, les éléments qui ont favorisé l’explosion de la crise qui sévit depuis l’automne 2008.
Il analyse les éventuelles conséquences, sociales et géopolitiques, qui pourraient résulter de ce krach, et propose une liste de mesures pour refonder l’économie sur des bases plus démocratiques.
NB: Selon Ignacio Ramonet, on en n'est qu'au début de la crise....

29 décembre 2008

By by 2008 y Viva la Vida y la Revolucion !



Quelques bribes de réflexions sur « La Crise » et sur l'Afrique vue du point de vue d'occidentaux égarés sur la "rive gauche" du fleuve Sénégal!

Faut il se réjouir de la crise du Système capitaliste ?

Pour des gens qui – comme nous – rêvent d' « autres Mondes possibles », nécessairement en dehors du système capitaliste, l'annonce d'une « crise gravissime » du système financier international (plus grave que la crise de 1929...soulignent les spécialistes) semblait une bonne nouvelle.
Pourtant il a fallu déchanter : cette crise n'est pour beaucoup qu' « une crise parmi d'autres » du système capitaliste (cf l'interview d'Annie Lacroix Riz, publiée sur le site d'Investig'action)

Cependant, vue d'ici, et si l'on en croit France Inter, la crise semble concerner beaucoup plus la population française...que la population sénégalaise!
Comment l'expliquer ?

Les Paradoxes du continent africain


La faillite de "l'Afrique officielle"...pour reprendre l'expression de Serge Latouche, peut s'énoncer ainsi .« Aujourd'hui...la part de l'Afrique noire dans la production mondiale représenterait moins de 2%. Autant dire que sur le plan de l'économie officielle, cette Afrique là, celle de l'économie et des statistiques internationales, n'existe plus...A t-elle même jamais existé? L'image de l'Afrique que nous présentent les médias, à travers les informations, le spectacle télévisé des génocides, des conflits « ethniques », des guerres « civiles », des luttes « tribales », des coups d'Etat militaires, des sécheresses récurrentes, des famines quasi endémiques, de la démographie galopante, des pandémies (spectre du Sida) est à l'aune des chiffres et enforce leur aridité objective... » ( L'autre Afrique - Albin Michel 1998 p 11)

En effet, malgré les manipulations fréquentes des statistiques (cf L'Afrique à l'aune du développement virtuel ), les « résultats du développement » en chiffres officiels sont catastrophiques :
... le Rapport mondial sur le développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), par exemple, fait ressortir pour l'année 1997 que «... sur les 50 pays les plus pauvres du monde, 33 sont situés en Afrique subsaharienne. 45 % de sa population, soit 266 millions d’habitants sur 590 millions, souffrent de pauvreté. (...) L’acuité de cette pauvreté y est plus prononcée que partout ailleurs.»
Il apparaît également - selon Christian de Brie (article cité ci dessus) - que «...la situation ne fait que s’aggraver : la proportion des pauvres a augmenté et les personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour sont passées de 179 millions en 1987 à 218 millions en 1993, soit 85 % de la population en Zambie, 72 % à Madagascar, 65 % en Angola, 61 % au Niger, 50 % en Ouganda... Entre 1981 et 1989, on a enregistré en Afrique subsaharienne une baisse cumulée de 21 % du PNB réel par habitant. Ce recul a touché à la fois les pays ayant entrepris des ajustements structurels et les autres (...). Les reculs les plus graves ont été observés au Gabon (58 %), au Nigeria (50 %), en Côte-d’Ivoire (42 %) (...). Même dans les années 90, près de 32 % des personnes vivant dans la région ne devraient pas atteindre l’âge de quarante ans... On y compte un médecin pour 18 000 habitants (contre un pour 350 dans les pays industrialisés), les deux tiers des 23 millions de séropositifs, et le virus du Sida y progresse plus rapidement que partout ailleurs; moins d’une personne sur deux y dispose d’eau potable, une sur deux n’a pas accès aux services de santé, la production alimentaire par habitant a régressé depuis 1980, la population illettrée est passée de 125,9 millions en 1980 à 140,5 millions en 1995, etc.
NB : Le rapport annuel 2008 du PNUD ne devrait pas, semble t-il, voir la tendance s'inverser (pour les férus de chiffres : cliquer ici )

Premier paradoxe : L'Afrique est un rouage essentiel de la mondialisation

Anne-Cécile Robert énonce ainsi le Paradoxe propre au continent noir : « ...victime de la mondialisation, il n'en demeure pas moins un de ses éléments importants. Le continent sert notamment de réserves de matières premières dont le libre échange permet le pillage officiel par le jeu de l'ouverture imposée des économies... »(L'Afrique au secours de l'Occident - Ed de l'atelier- 2006).

En bref, la « mondialisation » fonctionne – aujourd'hui comme hier - parce que les grandes puissances occidentales peuvent importer à bon marché des matières premières indispensables pour faire tourner leurs économies. Et comme le dit très justement l' historien congolais Elikia M'Bokolo « ...Les grands pays sont des pays importateurs de matières premières.Les pays africains sont les mondialisés...mais il faut savoir que, si l'Afrique n'était pas là, la mondialisation ne fonctionnerait pas... »

En ces temps de crise, l'Afrique peut elle "secourir" l'Occident ?

...pour paraphraser Anne Cecile Robert – journaliste au Monde Diplomatique – qui a publié en 2006 un essai au titre « apparemment » provocateur L'Afrique au secours de l'Occident dont voici quelques extraits de l'introduction:
« ...Il y eut - et il y a - les organisations non gouvernementales (ONG) qui travaillent sur le terrain dans de multiples projets de développement, et d’assistance économique, sanitaire et sociale. Un bilan de leur action reste à faire, notamment du rôle qu’elles jouent dans le « monde mondialisé » où tout est instrumenté .

Il y eut - et il y a - les « africanophiles » « antidéveloppementistes » qui pensent qu’il faut précisément sortir d’une logique d’aide qui ne serait que la perpétuation de la domination historique. Le soutien provient en effet toujours des mêmes. « La main qui reçoit l’aide est toujours en dessous de celle qui la donne » aime ainsi à rappeler l’économiste français Serge Latouche. L’assistance ne serait alors que le nouvel habit de l’arrogance occidentale qui invente les maladies et leurs remèdes, fait les questions et les réponses. Chaque peuple doit trouver la voie qui est la sienne dans l’histoire ; les peuples d’Afrique comme les autres.

Le point commun des deux dernières catégories réside dans la reconnaissance des maux dont souffre le continent et de la responsabilité occidentale dans ces maux. Même dans les rapports frelatés de la Banque mondiale destinés à valider ses prescriptions économiques, l’Afrique est le seul continent dont les indicateurs de santé, d’éducation, de développement demeurent dramatiquement bas . La différence entre les deux catégories d’ « africanophiles » porte sur les solutions. Les premiers - souvent obnubilés par les fautes de l’Occident dont ils font un vecteur trop unique d’analyse - en concluent qu’il faut aider l’Afrique à s’en sortir. Les seconds considèrent l’aide comme le paravent de l’occidentalisation du monde et estiment que c’est précisément de cet impérialisme historique qu’il faut sortir. Le continent pourrait alors inventer des solutions qui lui sont propres aux maux qui le rongent.

Dans la lignée de la dernière catégorie d’« africanophiles », le présent ouvrage est animé d’une conviction : non seulement l’Afrique a droit, comme tous les autres continents, à sa propre parole mais, par sa situation de « dominée exemplaire », elle traduit mieux que tout autre la réalité du monde mondialisé, sa nature profonde imbibée d’inégalités et de violence multiforme...
En effet, depuis la chute des grands empires du Moyen Age africain, le continent noir subit largement l’histoire. « Subir » ne signifie pas que les Africains furent et demeurent des victimes passives et qu’ils ne portent aucune responsabilité dans la situation catastrophique qui est la leur aujourd’hui. Cette vision serait infantilisante...même si les colonisateurs et les pilleurs ont trouvé des relais locaux, il n’empêche que l’histoire du continent s’inscrit depuis des siècles dans le cadre d’une domination. L’Afrique noire a subi l’esclavage des Arabes ; elle a subi la traite transatlantique et la colonisation ; elle subit aujourd’hui le capitalisme - invention occidentale - dans lequel elle s’est inscrite, de manière plus ou moins consentante. Le modèle économique et la division internationale du travail qui en découle - imposé par les colonisateurs et aujourd’hui généralisé - a été conçu ailleurs, en Occident et étendu à partir de lui... »
Pour lire l'introduction en entier, cliquer ici.

Quel lien y a t-il entre la faillite de l'Afrique...et la faillite des banques occidentales?

En 1998 – il y a juste 10 ans – Serge Latouche, un des chefs de file du courant dit «anti-développementiste, analysait la situation en Afrique comme la faillite de « l'Afrique officielle », c'est à dire «...la faillite de l'économie moderne, du projet de développement et du fiasco de l'Etat-Nation mimétique, de l'Etat importé...on est en face d'un echec flagrant de l'occidentalisation comme projet économique, politique et social universel... » (S.Latouche-L'Autre Afrique - édit.Albin Michel 1998 p17 )...

La crise financière
– même si elle ne signe pas la « faillite » au sens propre du système capitaliste...est au moins une manifestation de faillite du système néolibéral...mis en place dans les années '70 et '80 du siècle dernier et devenu depuis 20 ans le modèle à suivre : Etats Unis, Grande Bretagne, Union Européenne, France...tous les hommes politiques de droite comme de gauche ont préché les louanges de l'économie de marché et du système néolibéral...en nous vantant les magnifiques réussites du dogme officiel...augmentation du PIB, multiplication des milliardaires, Boum de la bourse, Croissance exponentielle des chiffres d'affaires des Multinationales et des salaires de leurs PDG ; c'était la « Mondialisation heureuse »...pour reprendre l'expression d'un de ses chantres, le sieur Alain Minc.
La faillite des banques...ne serait elle pas la faillite du Système économique « Officiel »...celui qu'imposent depuis 30 ans à tous les Etats de la Planète...les IFI (Institutions financières Internationales) de Bretton Woods (Banque Mondiale, FMI...) ?

Anne-Cécile Robert, dans son essai cité ci dessus, analyse la « faillite de l'Afrique » comme symbole de la faillite de la mondialisation libérale : « L'Afrique, par la domination dont elle est victime et le décervelage qui lui est imposé, montre mieux que tout autre continent l'inanité du monde mondialisé autour des valeurs de l'Occident capitaliste.Elle s'y trouve embarquée malgré elle et largement contre elle-même. Pourtant le bilan désastreux de la mondialisation libérale - dont l'Afrique est l'expression la plus nette – devrait ouvrir les voies à une prise de conscience... » ( L'Afrique au secours de l'Occident – Editions de l'atelier – 2006 p 66).

Autre paradoxe de l'Afrique : L'Afrique est bien vivante !

Malgré les bulletins de santé économique et sociaux catastrophiques, l'Afrique est
peuplée par une population extrèmement dynamique, jeune, nombreuse...

S.Latouche énonçait ainsi ce paradoxe, en 1998, après avoir rappelé que « ce qui a fait naufrage en Afrique c'est le projet occidental...
« Et pourtant! Force est de constater que ce radeau africain à la dérive, pour dérisoire qu'il paraisse, porte environ 800 millions de personnes. Toutes ne sont pas des squelettes faméliques, des rescapés des camps de la mort.Toutes ne vivent pas de la charité internationale. La survie de cette planète noire, en supposant que n'y règne que la misère, est tout de même un problème théorique et pratique. Quiconque y reflechit de bonne foi ne peut manquer de s'interroger sur le mystère de cette survie. Ces naufragés du développement ne sont pas des indiens parqués dans une réserve que l'on conserverait comme les espèces en voie de disparition, à titre de témoignage d'un passé révolu... » Serge Latouche - L'Autre Afrique -(p 18-19).
Y'aurait il donc « une autre Afrique » derrière les statistiques de l'OMC, de la Banque Mondiale ou du FMI ?

NB : Cet article est une ébauche de réflexion sur les notions de développement, de progrès, de Richesse d'une nation etc...ainsi que le concept de civilisation occidentale...

22 novembre 2008

A l'école Jacques Mimran de la CSS


Photos: Avec nos élèves respectifs, à l'école de la Compagnie Sucrière Sénégalaise

Notre mission à l'Ecole J.Mimran de Richard Toll

Ici, nous faisons l'école à des enfants de cadres africains à qui la Cie Sucrière Sénégalaise (CSS) offre « l'école française » par le biais du CNED (Centre National d'Enseignement à Distance); cf Site officiel du Cned

Un changement de vie radical, puisqu'on s'est retrouvés dès le 1er jour, « confrontés » à une trentaine de marmailles...qui comptent sur nous pour...les faire passer dans la classe supérieure!

L'ambiguité de notre mission d'éducation

Officiellement, nous ne sommes pas des « profs », nous sommes des répétiteurs; nous sommes juste chargés de « faire passer » le programme du Cned, c'est à dire d'aider les enfants à assimiler les cours du Cned et surtout de les aider à faire les exercices et à rendre les devoirs (2 devoirs par mois).
Le problème, qu'on a vite compris, c'est que ce statut de répétiteur était assez « théorique », et finalement plutôt ambigu.

Le Cned présuppose que les enfants qui suivent leurs cours le font parce qu'ils ne peuvent pas être scolarisés normalement (parce qu'ils sont à l'étranger, malades, en voyage etc...), qu'ils sont « isolés » mais « soutenus » par leurs parents. Or ici ça n'est pas vraiment la situation :
les familles de nos élèves africains (qui représentent la très grosse majorité des effectifs) sont souvent installées depuis de nombreuses années, et considèrent l'école de l'entreprise comme une structure normale de scolarisation (une école privée certes, mais où est enseigné le programme officiel de l'éducation nationale française et donc, à priori meilleur que celui de l'école, publique ou privée, sénégalaise); ils nous considèrent comme des profs; et – sauf exception – ils ne s'investissent pas du tout dans le soutien scolaire à leurs enfants. Donc en fait on fait à la fois "les profs" et on remplace les parents dans leur rôle de "répétiteurs"!!

En outre le Cned est un service de l'Education nationale française; cf l'article de Wikipedia sur le CNED
Cet organisme s'adresse en principe à un public de nationalité française, qui veut suivre le cursus normal de l'école française, pour pouvoir un jour ou l'autre retourner dans le circuit normal de scolarisation des jeunes français (sauf dans le cas des publics étrangers qui veulent apprendre le français, mais c'est un autre cas de figure).
Or ici nous avons affaire à des petits africains (pas tous sénégalais, il y a aussi des ivoiriens, des camerounais, des mauriciens...), dont la plupart n'iront probablement jamais en France pour faire des études, qui vivent dans un environnement très fermé (dans un ghetto pour riches africains) et qui sont donc très moyennement motivés par la scolarisation...en gros, comme pour la majorité des enfants des classes aisées en France, l'école ça les fait suer, ils trouvent plus d'intérêt à jouer dehors avec les copains, ou à la maison avec l'ordinateur!

A vrai dire, ce pb de démotivation des enfants se pose plus avec les matières dites littéraires (français, histoire et géo), car l'idéologie y est beaucoup plus « prégnante »...et d'ailleurs, au collège (6è,5è,4è) les 9/10° des élèves disent préférer les matières dites scientifiques.

Et pour être tout à fait francs, souvent on les comprend : ce sont encore des enfants, complètement a-culturés, africains, vivant en Afrique, mais ne connaissant pas l'Afrique, comme hors-sols dans leur pays...et ne connaissant pas non plus la France (et l'Europe), alors que la civilisation occidentale est au coeur des programmes de l'éducation nationale française. L'idéologie occidentale est extrêmement présente dans les programmes...et ces enfants ne comprennent absolument pas l'intérêt d'absorber toutes ces « connaissances » qui leur paraissent inutiles!

Dernier pb : pour nous, c'est pas facile tous les jours de voir ces "petits" privilégiés rechigner devant les devoirs à la maison...alors qu'à quelques centaines de mètres, de l'école de "la Cité" la majorité de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, dans un environnement très "sahélien", peu d'eau, pas ou très peu de jardins, beaucoup d'enfants ne vont pas à l'école parce que c'est trop cher pour leurs parents...
A exactement 100 m de la Cité s'est ouvert un collège public il y a un an...où les enfants sont à 60 par classe.

13 novembre 2008

Richard Toll, Sénegal : Premières impressions...


1ère photo : Premier brulage de la canne, dans les plantations de la CSS
2è photo : Le marché du samedi, ds un petit village des environs de Richard Toll

Quel choc de passer en quelques jours de Paris (France) à Richard Toll (Sénégal)...et pas seulement pour une question de climat!

Nous allons tenter d'expliquer dans quel cadre nous nous trouvons et pourquoi nous allons passer les 8 prochains mois dans une petite ville du Nord du Sénegal, à la frontière de la Mauritanie.
Cf article fleuve Sénégal : sur wikipedia.org.

Sénegal : Premières impressions...

Depuis 1 mois 1/2, nous avons donc commencé de nouvelles aventures...africaines!
Nous vivons au Sénégal, un pays d'Afrique de l'Ouest (où le français est une des langues officielles...héritage de notre histoire coloniale !)...et la zone géographique où nous vivons c'est le Sahel...càd beaucoup de soleil...très peu de pluie...zone semi desertique...un climat rude pour les « humains » : la petite ville où nous habitons, plutôt un gros village, Richard Toll - http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard-Toll , se trouve au bord du fleuve Sénegal, donc dans un endroit où il n'y a pas trop de pb d'eau douce...et pourtant, la très grande majorité de la population ne dispose pas de l'eau potable à la maison...
Ca n'est pas notre cas, heureusement...car nous vivons dans une enclave privée, un petit gheto pour privilegiés, à la limite du village officiel.
Le propriétaire de cette « cité des cadres de la CSS » (c'est le nom officiel), est une entreprise privée, qui s'appelle la Compagnie Sucrière Sénégalaise (filiale du groupe MIMRAN).Cette entreprise s'est installée il y a une trentaine d'années dans la région, cultive des milliers d'hectares de canne à sucre et transforme la canne en sucre; en principe ils devraient assurer l'autosuffisance en sucre du Sénégal; en réalité, il en manque encore beaucoup...
ceci dit, c'est une très grosse industrie locale, c'est même la seule vraie Usine de la région, et l'Entreprise est de loin le plus gros employeur de Richard Toll (agriculture et Usine sucrière, ça doit représenter + de 5000 personnes) : En pratique la ville de Richard Toll « appartient » à la CSS...pas juridiquement, bien sûr; mais comme les pouvoirs publics sont extrèmement « défaillants », dans la réalité, la ville dépend entièrement de la CSS...

Et nous, qu'est ce qu'on vient faire ici ?
On avait signalé dans notre blog, il y a quelques mois, qu'on avait adheré à une association de « retraités et préretraités » qui assure – en France et à l'étranger - des « missions » de « coopération et développement »...cf l'article de juin 2008 http://edwigeetetienne.blogspot.com/2008/06/propos-dagirabcd.html
AGIRabcd – c'est le nom de l'association - intervient ici, à Richard Toll pour « gérer » l'école de la compagnie sucrière, qui assure – de la maternelle à la 3è – l'éducation des enfants des cadres de la compagnie.

La CSS – pour attirer sur du long terme des cadres administratifs ou techniques – doit leur fournir un certain nombre « d'avantages en nature » : la fourniture d'une « villa » (ici, contrairement à la Réunion, le mot « case » est réservée pour les « habitations » des petits villages de brousse...), et la possibilité de scolariser leurs enfants dans le système éducatif français, fait partie de ces avantages en nature « octroyées » par la CSS à ses cadres.
Et nous, les « enseignants », (6 personnes d'AGIR) - bénévoles de l'association, non « salariés » de l'entreprise, donc non rémunérés, mais tout de même « logés-nourris » par l'entreprise – nous bénéficions des mêmes avantages en nature que les cadres.
Ces cadres, ils sont, parfois français – comme le Patron et le Directeur Général – mais aussi, Sénégalais, Ivoiriens, Camerounais...ou Mauriciens.

L'ambiance, pour nous est un peu bizarre, car nous « travaillons » pratiquement comme des enseignants « normaux » d'un petit village en France (càd, peu d'élèves par niveau, et plusieurs niveaux par enseignant), mais en dehors de nos 30 heures de présence hebdomadaire à l'école, nous nous sentons un peu cloîtrés, à l'interieur de notre guetto de luxe!!
C'est pourquoi, dès que nous avons quelques moments de libre, nous sortons de la « cité de la CSS », pour voir la vraie vie...de la population locale!

Nos premières sorties feront l'objet du prochain article...